Tajmâat
Le ‘’Rien-dacteur en chef’’
et le prix du mouton de la liberté de la presse à Ath Seksou
Sezviv (Reportage imaginaire - avec rectif)
Tizi-ouzou, 3 mai 2008 (bms)- J'étais bien installé
dans ma chaise dans cette sorte de bureau dans lequel je travaille lorsqu'un
monsieur du village Ath Seksou Sezviv (village des gens du couscous aux
raisins secs) y entre et demande à voir le responsable.
J’allais rire à la réponse que j’allais
lui donner mais je me suis retenu à la dernière seconde.
J'étais tenté de lui glisser dans l'oreille qu'on a plutôt
un grand ''irresponsable'' à lui montrer, c'est-à-dire sans
chercher à vous faire de dessin, mon rédacteur en chef ''nlakhar
nezman'' (le rédacteur en chef de l’ère décadente).
Je l'ai accompagné alors et dès
que nous sommes parvenus devant le bureau de celui que je vénère
‘’selmaqloub’’ (à l'envers), ce dernier m'a intimé l'ordre
de regagner mon bureau. Il m'a promis la veille, avec un certain sarcasme,
que samedi 3 mai ça va être ma fête, non pas parce que
ce sera le jour de la journée mondiale de la liberté de la
presse mais parce qu’il envisage de m’infliger une mise à pied …
à long terme.
Je ne suis pas du genre à écouter derrière les portes
mais j'ai prétexté pour une fois un problème sur mon
portable pour retarder mes pas et tendre mon oreille pour entendre le monsieur
insister sur le fait que l'association de son village veut que ce soit
moi qui soit l'invité pour animer une conférence sur la liberté
de la presse et qu’un cadeau m’a été destiné.
Mon ‘’rat-dacteur en chiffon’’, intéressé
bien entendu par le cadeau, a beau insister qu’il serait prêt à
animer cette conférence, le monsieur resta intransigeant : c’est
moi qu’ils veulent par égard à tous les reportages
imaginaires que j’ai réalisé sur ce village.
Le monsieur m’informa ensuite que le lendemain un
véhicule viendra me prendre à 7 h30 devant les locaux du
journal pour que je nous soyons à l’heure à 10 h00 pour la
conférence.
Je ne vous raconte pas combien l’envie cria famine
dans la mine de mon ‘’rit-dacteur en chef’’ lorsque le monsieur me précisa
la marque du véhicule qui viendra me prendre: une voiture ….allah-allah
(bigre) tout simplement.
Passé le plaisir de voir mon innommable de
''Rien-dacteur en chef'' mourir d’envie, je me dis soudain : alors là
BMS, tu es dans de beaux draps. De quoi vas-tu leur parler?
Mais en spécialiste de la nuit, que croyez-vous
que je me dise? Ben ? Que la nuit porte conseil tout simplement!!!
Le lendemain j’embarquais sans trop de formalités
pour Ath Seksou Sezviv. Le chauffeur très aimable tenta, comme le
font tous les chauffeurs qui ont un volant devant eux, de me soutirer quelques
positions sur les questions politiques de l’heure comme celle en rapport
avec la constitution, le troisième mandat etc. Seulement, il s’y
ait pris mal.
Figurez-vous que pour entamer la conversation sur
ces sujets il n'a pas trouvé mieux que de m'affirmer que son frère
lui a envoyé un mandat dernièrement mais qu’il ne lui est
pas encore parvenu après plus de 15 jours d’attente. J’allais lui
dire que la méthode du virement bancaire aurait été
plus rapide, simple et moderne mais je me suis autocensuré sachant
qu’il peut bien être d’un quelconque comité de soutien et
que cela risque d’être mal interprété. Que voulez-vous
ma réaction était naturelle. C'est mon ras-dacteur en chef
qui me l'a imposée dans l'esprit à force de menaces et de
mises à pied...
Sur la place du village un monde fou attendait la
conférence. Cela était suffisant pour me désarçonner
un peu. Je ne vous raconte pas le trac que j’avais. En ces moments j’apprécie
mieux la facilité que nous avons de noircir sur papier des situations
réelles. Quand je pense aux hommes politiques, je me dis que
nous avons la partie facile, nous autres les journalistes.
Le chef du village me salua avec toute sa clique,
pardon son équipe, et nous accédons à la tribune pour
entamer la conférence.
C’est un certain Dda Mhand qui viendra à
mon secours pour proposer un débat ouvert sur la liberté
de la presse au lieu que ce soit une conférence.
J’accepte, avec une certaine insistance interne,
en disant que de toute façon je ne sais pas faire pas de conférence
académiques. Sur ce le chef du village ouvrit le débat en
donnant la parole à Dda Mhand pour poser la première question.
Dda Mhand me demanda simplement : c’est quoi la
censure?
Mon cerveau fonctionna à la vitesse de la
lumière et fort heureusement j’eus en mémoire une scène
des guignols de l’info sur Canal+ pour répliquer avec humour :
- Je peux avoir un indice?
Ma réponse provoqua bien sûr un fou
rire dans le public qui dura le temps nécessaire pour moi pour trouver
une réponse plus sérieuse sur le sujet en disant que la censure
est cette pratique sournoise et condamnable qui empêche une vérité
d’être officiellement publiée pour être connue de tous.
C'est l'une des atteintes aux droits de l'homme. Le droit d'être
informé...
Un autre intervenant me demanda si la liberté
de la presse existe. J’eus une attitude humoristique similaire en lui disant
simplement: oui !
- Oui et c’est tout ? m'at-il dit.
Je reconnais en ce monsieur un coriace et j’ai fini
par lui dire concéder quelques mots supplémentaires en disant
que la liberté de la presse existe mais dans les pays démocratique…
- Et chez-nous ? demande-t-il avec insistance.
Je vous dis que c'est un coriace. Il n'a rien comprtis
à ma réponse. Il se croit où? Il me cherche ou quoi.
J’étais très gêné et j'avais peur d'en dire
plus. Mais ces interrogations sonnaient si bien cfomme un détecteur
de mensonge que j’ai fini par avouer que chez nous la liberté de
la presse n’existe pas totalement mais l’exclure serait faux également.
J'ai trouvé le truc spécifique qui va si bien aux Algériens.
Dad Velkacem intervient pour me demander si je m’autocensure.
Je me suis rendu compte que je suis bien coincé
là. J'étais désarçonné à force
de questions directes. Dans ce genre de situation il n’y a que la vérité
qui peut vous être salutaire, selon un Ddada Lama, une espèce
de Dalaï Lama Kabyle. Et c’est tout naturellement que j’ai admis l’existence
de la censure, de l’autocensure et de bien pire encore. J'étais
prêt à reconnaître tout ce qu'on me demande sauf celle
de prétendre que je vis pleinement la liberté de la presse.
C'est un mensonge…
- A quoi bon vous mentir chers amis et vous cacher
le soleil avec un tamis. Dans mon journal le rédacteur en chef m’impose
la censure et l’autocensure. J’ai en supplément des mises à
pied à chaque fois que je tentais de protester. Mais le comble pour
un journaliste que je suis est de savoir que mon rédacteur en chef
a toutes les qualités d’un prédateur de presse mais que je
ne peux rien faire pour changer la situation. Mais s’il vous plait ne lui
dîtes rien sinon dîtes adieu aux reportages sur votre village
même s’ils sont imaginaires.
Les gens du village étaient enchantés
par ma sincérité et m’ont fort applaudi.
Le chef du village se leva alors pour m’annoncer
que la fondation qui porte le nom de son grand-père et qui vient
d’être créée a institué un prix dit ‘’Le mouton
de l’Aidberté’’ et que j'en suis le premier lauréat. Bigre
alors! Ils sont comme les autres. Ils ne pensent qu'à gagner les
faveurs du journaliste en l'amadouant avec un prix. Et quel prix!
Je n’osais pas croire à ce que j'imaginais
à l'évocation de ‘’Mouton - Aid - Liberté ‘’ et à
ce que je voyais là: Dda Amar ‘’Thik'li bamane (qui coule comme
l’eau)’’ en train de pousser quelque chose devant lui parmi le public.
Figurez-vous que c’est un mouton. Quelle récompense ? Ils ne peuvent
pas faire en plus, ces imbéciles d’Ath Seksou Sezviv, des prix en
cheques comme tous les prix du monde, me dis-je ? Ils ont copié
un prix attribué à Dilem consistant en une vache, si ma mémoire
est bonne.
- Ne vous inquiétez pas cher ami, me rassura
le chef du village, ce n'est pas le mouton que nous allons vous remettre
mais le résultat de sa vente aux enchères que nous allons
organiser tout de suite.
Le mouton a fini par être cédé
à un certain Belaid pour une somme rondelette qui m’a été
remise.
Quelle galère.
Le lendemain au journal, mon rédacteur en
chef tenta de se venger par des propos sarcastiques. .
En passant devant le bureau, il insinua que ça
sentait le mouton. Je n’ai pas répondu à ses premières
provocations. Mais lorsqu’il m’a demandé d’aller voir un certain
Mouhouche de la police criminelle pour me communiquer une information
sur une sombre affaire de vol de bétail en me disant ''tu dois être
un spécialiste de la chose'', je n'ai pu m'empêcher de lui
dire répondre ''Bââââaa !!!'' le langage
animalier qu'il comprend.
Ceci dit les gens d'Ath Seksou Sezviv se gourrent
et se fourrent les doigts dans les .. deux yeux, s'ils croient acheter
mon honnéteté journalistique avec leur prix. Ensuite, je
pense qu'on devrait interdire ces prix en même temps qu'on dépénaliserait
les écrits de presse. Ces prix ont commne une odeur de corruption
intellectuelle dans l'air lorsque ce ne sont pas les gens du métier
qui les offrent. Vous ne trouvez pas?
Belkacemi Mohand Said
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